Près
de trois cents forteresses
rythment les contreforts
des Vosges, rappelant
que la région
est une terre d'enjeu
et de conflits. Le château
du Haut-Koenigsbourg,
situé à 757
mètres d'altitude
sur le sommet du Staufenberg
à hauteur de Sélestat,
les domine toutes et
impose
sa silhouette
caractéristique
sur le paysage. Son histoire
est d'une richesse peu
commune. Médiévale,
moderne et contemporaine,
elle couvre près
d'un millénaire.
Ce château fort érigé aux
XIIe et XVe siècles,
détruit au XVIIe,
a été l'objet
d'une importante restauration
au début du XXe
siècle. Reconstitué dans
son état le plus
spectaculaire et le plus
complet, il fait depuis
lors l'admiration de
nombreux visiteurs.
S'il
est le produit de
plusieurs époques,
le Haut-Koenigsbourg
est également
situé aux
confins de deux aires
géographiques.
Construit vers le
début du XIIe
siècle, le
site comprend des
fortifications qui
permettent de surveiller
la route d'Alsace
du Nord au Sud et
l'un des axes principaux
d'Est en Ouest, à la
frontières
occidentale du gigantesque
empire des Hohenstaufen.
Il est devenu français
après sa ruine.
A la fin du XIXe
siècle, la
ville de Sélestat
l'offrait à Guillaume
II, qui le fit restaurer
afin qu'il devienne
un monument majeur
du patrimoine allemand.
Mais, dix ans après
son inauguration,
il était de
nouveau français,
ou plutôt alsacien,
tant les ouvriers
et les artisans locaux
qui ont participé à sa
restauration y ont
laissé leur
empreinte. Au centre
de la plaine d'Alsace,
il est aujourd'hui
le symbole d'une
région et
rappelle les épisodes
les plus marquants
de l'histoire européenne.
Le Haut-Koenigsbourg
est donc un monument
essentiel du patrimoine
ancien et moderne
par la beauté de
son site, la force
de son architecture
et la richesse de
sa mémoire.

HISTOIRE
DU CHATEAU
Les Hohenstauffen
En 774, Charlemagne
fait don du Stophanberch
ou
Staufenberg, (nom de
la montagne où le
château du Haut-Kœnigsbourg
fut construit) et des
terres attenantes à l'abbaye
de Lièpvre dépendante
de celle de Saint-Denis.
En
1079 Frédéric
de Hohenstaufen est nommé duc
de Souabe par l'empereur
Henri IV. Il fait construire
le château Stauf
sur le mont Hohenstaufen
près de Göppingen,
d'où le nom de
la famille. Afin de renforcer
son pouvoir en Alsace,
il créé une
ligne de défense
en faisant construire
de nombreux châteaux
dont certains d'entre
eux sur des terres qui
ne lui appartiennent
pas. On dit de lui qu'il
a constamment un château
accroché à la
queue de son cheval.
C'est ainsi que s'érige
en toute illégalité le
château du Haut-Koenigsbourg
sur les terres confiées
aux moines de l'abbaye
de Lièpvre.
En 1147, Eudes de Deuil,
moine de Saint-Denis
presse Louis VII d'intervenir
auprès du roi
Conrad III de Hohenstaufen
afin de réparer
cette injustice. C'est
la première mention
du château dans
un document écrit. À cette
date, le site comportait
déjà deux
tours permettant de surveiller
la route d'Alsace du
nord au sud, l'une appartenant à Conrad
III, l'autre à son
neveu Frédéric
de Hohenstaufen dit Barberousse,
futur empereur du Saint
Empire romain germanique.
Le nom de Königsburg
(château du roi)
apparaît dès
1192.
Les ducs
de Lorraine
Dans
la première
moitié du XIIIe
siècle, profitant
de l'affaiblissement
des Hohenstaufen, les
ducs de Lorraine prennent
possession du château.
Celui-ci est confié aux
sires de Rathsamhausen
puis aux Hohenstein (Frédéric
de Hohenstaufen), qui
y règnent
jusqu'au XVe siècle. Devenu
un repère
de chevaliers brigands,
le château est
conquis et incendié en
1462 par une coalition
regroupant les villes
de Colmar, Strasbourg
et Bâle, fortes
de 500 hommes et de pièces
d'artillerie.
En
1479, les
restes du château
du Haut-Koenigsbourg
sont alors confiés
aux frères Oswald
et Guillaume, comtes
de
Thierstein,
par
l'empereur
Frédéric
III, qui le reconstruisent
et
améliorent
ses défenses en
l'adaptant à l'artillerie.
Ils font bâtir
sur le côté ouest
un bastion formé de
deux tours d'artillerie
et d'un mur bouclier
dotés de murs
puissants. La basse cour
est protégée
par deux tours en fer à cheval
et des courtines avec
des murs épais.
Le château est
entouré d'un premier
mur de protection afin
de gêner la mise
en batterie de l'artillerie
ennemie.
En
1517, Henri de Thierstein,
dernier comte de
la lignée
et croulant sous
les
dettes, s'éteint.
La famille n'ayant pas
de descendance, Maximilien
Ier reprend possession
du château. Ni
l'empereur, ni les propriétaires
successifs ne feront
face aux coûts
d'entretien, d'autant
que le premier ne finance
pas les seconds pour
ces réalisations
et le château
est laissé à l'abandon.
Cependant c'est à cette époque
que sera réalisé
le bastion en étoile à l'est
du château.
La destruction du château
En
1633, la Guerre de
Trente Ans opposant
les
Suédois à l'Autriche,
l'Alsace est ravagée.
En juillet, les Suédois
assiègent le Haut-Koenigsbourg
qui n'est plus qu'une
forteresse délabrée.
Forts de canons et de
mortiers, ils prennent
le château après
cinquante-deux jours
de siège. Peu
de temps après,
la forteresse est détruite
par un incendie. Le château
est alors laissé à l'abandon.
Le
Cadeau au Kaiser
Le
4 mai 1899, alors en
ruines, le château
et les terres l'entourant
sont offerts par la ville
de Sélestat à l'empereur
allemand Guillaume II
de Hohenzollern, Empereur
d'Allemagne qui
souhaite y créer à son
usage une résidence
vantant les qualités
de la période
médiévale
de l'Alsace et plus généralement
du monde germanique.
Depuis 1871 et le traité de
Francfort, l'Alsace est
devenue allemande. Pour
le Kaiser, le château
est l'occasion de marquer
d'un symbole la frontière
ouest de l'Empire.
La
direction de la restauration
de ce château fort
est confiée en
1900 à Bodo Ebhardt,
architecte et archéologue
du Kaiser âgé de
34 ans. Il commence par
le déblaiement
du site et les relevés
des anciennes constructions.
La restauration s'étalera
de 1903 à 1905.
L'objectif de Bodo Ebhardt
est de le restaurer tel
qu'il se présentait à la
veille de la Guerre de
Trente Ans, mais manquant
de sources, il doit improviser
sur de nombreuses parties
du château, accentuant
même dès
que possible les éléments
les plus pittoresques
et répondant au
goût du Kaiser,
mais s'éloignant
ainsi de la fidélité historique
de la reconstitution.
Le
nouveau château
du Haut-Koenigsbourg
est inauguré en
mai 1908. À l'issue
de la Première
Guerre mondiale, les
biens de l'empereur,
dont le château,
sont récupérés
par l'État français.