A la base, deux prénoms tziganes, le mien Taï-Taï et celui de ma maman Louana.
Il est dans les us et coutumes des camps tziganes de donner au nouveau-né un premier prénom pour l’état civil en cas de rafles policières, et un deuxième qui identifiera l’enfant au sein du camp. Ce deuxième prénom sera donné au bout de quelques jours lorsque l’entourage aura perçu les manières et apparences du bébé.


Taï-Taï signifie dans ce langage « fleur de lotus », Louana signifie « louange ». Seul ce sobriquet est utilisé et aujourd’hui encore, les miens ne me reconnaissent que sous celui-ci.


Tailouna m’est venu spontanément à l’esprit car je voulais faire revivre ma maman trop tôt disparue, à travers mes tableaux. Je ne savais pas encore à l’époque que j’avais un grand-père maternel qui maniait les pinceaux et les couleurs avec art pour dessiner tout ce que l’on peut encore admirer de nos jours sur les très vieilles roulottes.

J’ai commencé à dessiner six mois après le décès de ma petite sœur, grâce qui m’a été donnée pour transcender cette déchirure. Je réalise la plupart de mes tableaux aux crayons de couleurs, technique très délicate ne permettant pas l’erreur. Lorsque j’ouvre ma boîte de crayons, je suis comme « enivrée » par le doux parfum qui s’en dégage et quelque chose d’indéfinissable se passe à ce moment-là que je ne pourrais expliquer !

Je réalise également tous les encadrements et vous pourrez constater que tout est blanc, je suis incapable de mettre un cadre de couleur ! Ceci me permet évidemment de réaliser certaines fantaisies, comme le débordement du dessin sur le carton, de découper dans ce dernier toutes les formes qui me passent par la tête ! Le résultat le voici …..

J’ai très vite été invitée à exposer mes œuvres mais c’est en 1998, deux ans après, que toute cette passion a été révélée au grand jour via une exposition que j’ai dédiée à ma sœur Mona. Aujourd’hui, ces œuvres sont présentes sur le net et je suis heureuse de vous les faire découvrir.

Une autre passion plus ancienne, le piano qui me vient de mon père, et comme tout bon tzigane, la musique est de rigueur car nous l’avons dans le sang. Les notes de musique coulent dans nos veines et nous font chanter, danser, aimer la vie. Elle a la vertu de véhiculer toutes les émotions y compris celle de la peine et c’est un vrai joyau de la nature utilisé depuis la nuit des temps et par les plus grands maîtres de la musique. N’oublions pas que 2006 est l’année Mozart auquel je rends hommage.

Je tiens à préciser que je n’ai jamais pris de cours de dessin, ni de cours de piano, pas d’école de beaux-arts ni de conservatoire. Ces dons m’ont été légués par mes parents trop tôt disparus et je leur rends grâce.

MONA

Elle venait d’avoir 37 ans le 15 septembre. Le 19, elle a décidé d’en finir avec la vie.

Pourquoi ? Nul ne le saura vraiment, je ne peux que citer une des raisons,

Toute petite déjà, elle souffrait d’une grave insuffisance rénale et dès l’âge de 18 ans, elle a subi une première opération. Elle s’est mariée et a eu ses enfants. Dix ans plus tard, son état de santé s’est aggravé et les dialyses ont commencé. D’abord 1 par semaine pour aboutir très rapidement à une fréquence de 1 tous les 2 jours. Je l’ai accompagnée à plusieurs reprises, elle était là allongée sur son lit avec tous les ‘’tuyaux’’ permettant au sang d’être nettoyé, mais pendant ce temps elle racontait à tous les autres malades des blagues, oubliant ainsi ces quatre heures pénibles.

Un an avant son décès, le grand jour arriva. Un hélicoptère est venu la prendre car elle était à Avignon pour un mariage pour l’emmener à l’hôpital Necker de Paris pour cette greffe de rein qu’elle attendait tant, afin de pouvoir enfin vivre normalement. Malheureusement, un mois après, dés-implantation du greffon car ‘’rejet’’. Elle ne l’a pas supportée tant elle voulait profiter de la vie, sachant qu’elle était à nouveau condamnée aux dialyses à attendre un nouveau rein. Deux mois plus tard, elle prit sa bouteille pour la perfusion et coupa dans la fistule (ceci est une artère greffée sur une veine au niveau du poignet car les aiguilles des perfusions sont tellement grosses qu’une veine s’abîme très vite, surtout lorsqu’il y a dialyses régulières). Ceci revient à dire qu’elle a coupé dans l’artère, la vidant de son sang en l’espace d’une heure.

J’étais à 500 km d’elle au moment du drame, malade d’angoisse mais je ne savais pas pour quelle raison. Une heure après, j’avais compris lorsque mon beau-frère a téléphoné pour m’annoncer l’horreur.

Elle a décidé de quitter ce monde, mais je sais que maintenant elle peut enfin vivre.

Evidemment, savoir ma petite sœur décédée fait mal, mais savoir qu’elle est heureuse et veille sur tout me rend heureuse à présent.

Violette

 analyse fréquentation web